/Nous ne sommes hommes et nous ne tenons les uns aux autres que par nos paroles./
Michel de Montaigne, Les Essais, "Des menteurs".
Parfois j'ai l'impression de porter des oeillères. Tellement de choses se passent autour de moi sans que je les remarque, et particulièrement lorsqu'il s'agit du comportement des gens qui m'entourent. Les regards, les gestes, les grimaces, les gouailleries: ce ne sont des choses que je vois que par les yeux de mes amis. Quand je suis accompagné, c'est eux qui s'énervent à ma place, qui répondent aux regards noirs et qui [rythme ternaire annulé]. Cela me rend tout honteux... Ce n'est pas parce que je ne vois pas ce qui se passe que je ne sais pas que c'est arrivé. C'est obligatoire de se prendre des remarques et des oeillades goguenardes en tant que personne alt. J'y ai assez prêté attention pour ne plus rien en avoir à faire honnêtement... Le problème c'est que ça nuit à mes amis qui souffrent à ma place tout ce que je suis censé recevoir en pleine face.
C'est d'une ironie pinçante de voir à quel point ce sont ces énormes raclures de boomers qui se permettent les plus gros manques de respect tout en criant sur toutes les toitures qu'ils sont les derniers représentants du savoir vivre et des valeurs chrétiennes Etlrst Etlrst... Soyez les maudits de l'Histoire, le purin le plus putride du terrain, la souillure de notre culture.
Je suis une incommensurable bourde en communication. Je ne comprends pas ce qu'on me dit, ce qui est insinué, je me sens illétré à l'oral. c'est déroutant... Non seulement suis-je sourd, mais en plus je suis aveugle en ce qui concerne le langage corporel. Ca me désole. Combien de fois s'est-on payé ma tête avec un grand sourire que j'ai cru sincère ? Quelle idée...
J'ai parfois tellement peur de ne pas savoir articuler mes propres idées que je me sens obligé d'emprunter celles des autres, ou de parler avec un langage déjà entendu, déjà lu. On finit par ne même plus savoir qui on est. Cela me fait me demander si les gens qui se disent "autodidactes", qui se targuent de n'avoir lu le moindre ouvrage depuis 6 ans et qui se réclament de la pensée du bon sens possèdent réellement une idiosyncrasie. La philosophie du livre de la vie comme seul objet d'étude nécessaire me rend perplexe. La connaissance ne se cueille pas dans la rue, en déplaise à moultes gens de tous bords. Je ne souhaite pas non plus tomber dans une rhétorique du juste milieu. Mais le problème est là: comment être quelqu'un quand la connaissance n'est accessible qu'à travers les autres? Je deviens
/Rapiècement et bigarrure./
Michel de Montaigne, Les Essais.
/Les abeilles pillotent deçà delà les fleurs, mais elles en font après le miel, qui est tout leur, ce n’est plus ni thym ni marjolaine : ainsi les pièces empruntées à autrui, il les transformera et les fondra ensemble, pour en faire un ouvrage tout à lui : à savoir son jugement. Son institution, son travail et son étude ne vise qu’à le former./
Michel de Montaigne, Les Essais, "Des l'institution des enfants".