Des mélasses de mots.
03 Mar, 2026
/La brûlure du soleil gagnait mes joues et j'ai senti des gouttes de sueur s'amasser dans mes
sourcils. C'était le même soleil que le jour où j'avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me
faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau. A cause de cette brûlure que je ne pouvais
plus supporter, j'ai fait un mouvement en avant. Je savais que c'était stupide, que je ne me débarrasserais
pas du soleil en me déplaçant d'un pas. Mais j'ai fait un pas, un seul pas en avant./
Albert Camus, L'Étranger.
Il y a de ces jours de peu d'utilité à combattre. Les atomes sont ligués contre vous; quelque chose comme ça. Ça sert à rien d'aller à contre-courant quand on dispose même pas de nageoires... La moindre merdasse vous emboucane et vous surstimule; une bague un peu trop serrée, un cookie trop sucré. C'est peu mais ça peut pousser un homme à bout. Ça fait vingt minutes que j'attends ma prof dans l'amphi. Elle vient de pointer le bout de son nez suffisant et trop petit au milieu de sa figure. Aucune excuse, pas la moindre pardonnerie, insupportable. Vingt minutasses de retard dont elle avait l'air bien fière, c'est pour ma gueule :D
Il y a de ces gens de beaucoup, d'un tas, de sommités indiscutables. Du moins à les entendre c'est ce qu'on peut conclure. Il leur suffit d'un pupitre et d'une estrade. Des grands coups de maillet imaginaire dans les airs. Un mépris à toute épreuve fourré dans un volonté affichée de venir en aide et saupoudré de charisme réchauffé au micro-ondes. Comme un pâté en croûte, ça ressemble à du vomi dans un bel écrin doré au four. Bon appétit...
/Ce n’est pas tout :
il y a en vous une chose de trop, qui est l’opinion d’en avoir
plus que les autres ; voilà la source de votre pompeux galimatias, de vos phrases embrouillées, et de vos grands mots qui
ne signifient rien./
Labruyère, Les Caractères.
C'est très croquignolet avec du recul. Je sais que je ne ferai jamais mieux. Ce n'est pas le sujet. Des gens veulent un public, c'est comme ça, ils doivent survivre eux aussi vous savez. Là, c'est juste au dépens des autres. Moi j'adore. Ce qui me fait survivre, perso, c'est la rage que ces gens m'inspirent. Ils sont pleins de vide, bourrés de phrases infiniment creuses. C'est délicieux; il faut juste s'armer d'un micro, c'est rien aujourd'hui, un micro et des gens qui n'ont rien d'autre à foutre de leur journée. En somme je suis le bouffon du jour, j'aurais pu dormir quelques heures de plus, comme ma copine qui n'est pas venue. Je n'aurais rien raté, rien.
Je crains les orateurs de mille exemples. Ils ne devraient pas constituer la matière du discours. L'exemple, c'est les vermicelles de sucre coloré qu'on fait pleuvoir sur un gâteau consistant au chocolat. Ici, le gâteau, s'il y en a, n'est pas au chocolat, bien qu'il en ait la couleur. Il n'est pas consistant non plus, soit dit-en passant. Je tiens en haute désestime les rhéteurs qui feraient mieux de se mettre au patchwork que de continuer d'enseigner ou de convaincre des foules de quoi que ce soit. Car c'est ça, le discours mal cousu : un patchwork d'exemples, de disparités sans fil conducteur si ce n'est la mostratio sapientiae et le lâcher de nom.
En me relisant, je pense que j'avais simplement faim. Il y a trop de comparaisons culinaires, ça explique beaucoup.